Le blog de la refaunation

22 octobre 2020

TANZANIE - Naissance d'un Rhinocéros noir dans le Serengeti occidental, une première depuis des décennies

Le Rhinocéros noir Diceros bicornis est une des espèces de rhinocéros qui a été les plus affectées par le braconnage au siècle dernier, son effectif avait atteint un point bas historique au milieu des années 1990. Malgré une hausse progressive de ses populations dans les 25 dernières années, leur état demeure fragile, surtout pour ce qui concerne la sous-espèce de l'Est D. b. michaeli qui ne dépasse pas le millier de têtes, surtout présentes au Kenya. L'espèce est encore classée "en danger critique d'extinction" et ne devrait pas être reclassée dans un niveau de menace inférieur avant plusieurs années.

Aussi leur réintroduction dans des pays voisins tels que la Tanzanie est d'une grande importance pour reconstituer des populations saines sur un espace significatif.

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Cette année a vu la 1ère naissance, depuis plusieurs décennies, d'un Rhinocéros noir dans le secteur du Serengeti occidental, une zone de renommée mondiale pour sa faune mais d'où les Rhinocéros avaient été extirpés voici plusieurs décennies. Les Rhinocéros avaient été reintroduits en novembre 2019.

Il est à signaler que les Rhinos réintroduits provenaient d'une réserve d'Afrique du Sud, où leurs ancêtres avaient été amenés d'Afrique de l'Est dans les années 1970 pour échapper au braconnage qui sévissait alors violemment dans la région (l'Afrique du Sud étant proportionnellement moins dangereuse pour la faune sauvage).

Ce simple exemple prouve que la conservation (et la réhabilitation) de la faune africaine doit se penser à l'échelle continentale (voire au-delà). Dans le cas où la situation d'un pays est trop critique, les autres pays du continent peuvent en effet jouer un rôle de refuge à court ou long terme (sans parler des populations élevées dans les parcs zoologiques à travers le monde, parfois très nombreuses comme dans le cas de l'Addax ou de l'Oryx algazelle, éteints ou presque dans leur habitat d'origine au Sahara et au Sahel).

De nouvelles réintroductions avaient été prévues cette année (mais annulées à cause de l'épidémie de coronavirus), d'autres sont programmées dès l'année 2021. Je ne manquerai pas de vous tenir informés des développements futurs de l'opération.

Source : https://www.grumetifund.org/blog/updates/black-rhino-calf-is-born/

Illustration : un Rhinocéros noir dans l'aire de conservation du Ngorongoro (Tanzanie). Photo Ikiwaner / Wikimedia Commons.

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21 octobre 2020

EQUATEUR - Nouveau Colibri, nouvelle réserve

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En Equateur, une nouvelle aire protégée a été instituée (avec le soutien de la Fondation Jocotoco et du Rainforest Trust, ONG dédiées à la protection des habitats les plus sensibles en région tropicale) pour sauvegarder l'habitat d'une espèce de Colibri, l'Oreotrochilus cyanolaemus (pas de nom français, connue en anglais sous le nom de Blue-throated hillstar) dont la première description remonte à... 2017 !

La première portion de la réserve a une superficie d'environ 44 hectares, ce qui peut paraître très réduit mais correspond à un habitat unique pour cette espèce, et aussi à un biotope (prairies alpines localement appelées páramos) riche en biodiversité autant que menacé.

La population de l'oiseau est estimée entre 250 et 750 individus, et son extrême localisation pourraient justifier son classement en espèce "en danger critique d'extinction" (ce qui n'est pas officiellement le cas au vu de la date très récente de sa découverte), la menace principale étant liée à la plantation d'arbres d'essences exogènes, auxquelles le colibri est incapable de s'adapter.

Dans le cas présent, la découverte d'une nouvelle espèce s'est traduite dans des actions de protection rapides, ce qui justifie l'importance cruciale des connaissances naturalistes pour la protection de la biodiversité à travers le monde.

L'objectif final serait d'assurer la protection de 500 ha d'habitat pour cet oiseau.

Source : https://abcbirds.org/article/milestone-recently-named-rare-hummingbird-gets-reserve/

Illustration : un Colibri du Chimborazo Oreotrochilus chimborazo, espèce étroitement apparentée à l'Oreotrochilus cyanolaemus, photographié sur une mangeoire dans le Parc national du Cotopaxi (Equateur). Photo Bernard GAGNON / Wikimedia Commons.

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20 octobre 2020

CHINE - Les Grues à cou noir en hausse en province du Qinghai

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La population de Grues à cou noir Grus nigricollis est en hausse dans la province du Qinghai (Nord-Ouest de la Chine).

Cette grue (actuellement classée "vulnérable" selon l'IUCN, avec une population de 6.600 à 6.800 oiseaux matures, et peut-être la plus méconnue de sa famille) niche tout autour de l'Himalaya mais c'est en territoire chinois (incluant le Tibet) que les populations sont les plus importantes. Le maintien de son bon état de conservation suppose celui des zones humides où elle niche et hiverne.

Elle est protégée par la loi chinoise.

Par ailleurs, des programmes d'éducation des habitants à la protection de l'espèce existent dans plusieurs pays de son aire de répartition, et cet oiseau bénéficie de nourrissages hivernaux dans certains pays comme le Bhoutan. Ces mesures semblent avoir conduit, dans les années récentes, à une stabilisation voire à un accroissement des effectifs de l'espèce à l'échelle continentale.

Source : https://news.cgtn.com/news/2020-08-20/Population-of-black-necked-crane-goes-up-in-NW-China-T6Px3Eqi2I/index.html

Illustration : Grue à cou noir dans le Parc national du Pota Tso. Photo Wikimedia Commons.

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14 octobre 2020

CANADA - 866 hectares protégés autour du lac de Buffalo Pound

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L'ONG de protection de la nature Nature Conservancy of Canada vient d'acquérir 866 hectares sur 7 km de rivages le long du lac glaciaire de Buffalo Pound (province du Saskatchewan, dans le Centre du pays), ces habitats étaient sous la menace du développement immobilier, alors qu'ils sont rares à l'échelle de la province (20% des surfaces originelles subsistent) et même à l'échelle mondiale. Additionnellement, ces prairies sont une halte privilégiée pour les oiseaux migrateurs et jouent un rôle important pour la fourniture en eau douce de 25% de la population de la province (plus précisément, les villes de Regina et Moose Jaw).

Les terres ont été achetées à une famille d'éleveurs qui en était auparavant propriétaire ; le pâturage devrait être maintenu, au moins pour l'entretien des sols et de la végétation.

Source : https://globalnews.ca/news/7294927/ncc-conservation-site-buffalo-pound-lake/

Illustration : une vue du Lac de Buffalo Pound. Photo SriMesh / Wikimedia Commons.

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12 octobre 2020

ETATS-UNIS - Des louveteaux en Californie, une première depuis un siècle

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Pour la première fois depuis les années 1920, des petits louveteaux sont venus au monde en Californie.

La seule et unique meute connue à l'heure actuelle, établie dans le comté de Lassen, est à l'origine d'une portée de 8 louveteaux, portant le total à 14 têtes.

Comme dans la plupart des pays d'Europe (hors Russie), les Loups avaient été quasiment éradiqués du sol étasunien au milieu du siècle dernier, avant d'amorcer un lent retour à partir des années 1970. Petit à petit ils regagnent du terrain, comme l'hiver dernier dans le Colorado, non sans connaître des problèmes d'intolérance et des conflits par rapport aux activités humaines comme sur le Vieux Continent. Ils demeurent toutefois protégés légalement.

Source : https://edition.cnn.com/2020/07/29/us/california-wolf-lassen-pack-pups-trnd/index.html

Illustration : un Loup mexicain en captivité dans le refuge de faune sauvage de Sevilleta (Nouveau-Mexique). Photo Wikimedia Commons.

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11 octobre 2020

ETATS-UNIS - Des geais jardiniers restaurent les forêts de chênes en Californie

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Sur l'île de Santa Cruz au large de la Californie, le Geai endémique Aphelocoma (californica) insularis contribue à restaurer les forêts de chênes.

Chaque Geai enterre 3.500 à 6.000 glands par an, et ceci de part et d'autre de cette île montagneuse ; ce qui permet la reconstitution des forêts et la restauration d'autres espèces endémiques. Après l'éradication du bétail (ovins et porcs, qui avaient largement dégradé la végétation) dans les années 1980 à 2000, le rôle des Geais a été important pour réhabiliter les écosystèmes forestiers.

De plus, la pousse de bois de chênes en bonne santé a un effet favorable sur le cycle de l'eau, en aidant à leur captation dans l'air, et à leur maintien dans les sols superficiels et profonds, et in fine à la régulation du débit des cours d'eau.

Les Geais européens sont également connus pour leur rôle dans ce processus (en enterrant les glands pour les manger en hiver, ils participent à la régénération de nos forêts) mais ici, il s'agit d'une population très localisée et unique au monde (env. 2000 oiseaux), preuve que même les espèces les plus rares peuvent avoir un rôle notable pour leur écosystème.

Le Geai va jusqu'à donner des idées aux... humains : sur l'île voisine de Santa Rosa, d'où les Geais ont disparu vers 1880, des volontaires replantent des chênes suivant la technique utilisée par les volatiles disparus (et dont la réintroduction est en cours de discussion, en considérant toutefois son impact potentiel sur une autre sous-espèce d'oiseau encore plus rare, la sous-espèce locale de la Pie-grièche migratrice Lanius ludovicianus qui ne compte que 280 couples nicheurs en tout) !

Source : https://www.discoverwildlife.com/news/oak-woodlands-are-being-restored-by-island-scrub-jays/

Illustration : un joli Geai Aphelocoma insularis, endémique des îles au large de la Californie. Photo Bill BOUTON / Wikimedia Commons.

08 octobre 2020

AUSTRALIE - Un nouveau parc naturel en Nouvelles-Galles-du-Sud

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Le gouvernement de l'Etat de Nouvelles-Galles-du-Sud (Sud-Est du continent australien) a institué un nouveau parc national d'une superficie de 1.534 km².

Acheté à des propriétaires privés, ce parc n'accueille pas moins de 25 espèces menacées, et de multiples écosystèmes dont certains (comme les plaines inondables) ne se trouvent dans aucune autre aire protégée de l'Etat.

Le site revêt aussi une forte importance culturelle et historique, étant le domaine ancestral de l'ethnie aborigène Wangkumara, mais ayant aussi connu des heures très sombres aux deux siècles passés (déportations et meurtres de masse des Aborigènes). La création du parc permettra la réinstallation des Wangkumara sur leurs terres d'origine.

Ici aussi, protéger la nature c'est réconcilier les hommes avec leur passé.

Source : https://www.timeout.com/sydney/news/the-nsw-government-is-creating-a-vast-new-national-park-for-threatened-species-062820

Illustration : des Wallabies de Bennett, espèce emblématique de l'Est australien, photographiés au Zooparc de Beauval (France) le 11/06/2016 (photo Alexis VERNIER).

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06 octobre 2020

AFRIQUE DU SUD - Les Pangolins retournent dans une région d'où ils avaient disparu depuis 30-40 ans

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Ce soir je vous propose un rendez-vous avec un des animaux les plus médiatisés, à son corps défendant, en cette année 2020.

Il s'agit du Pangolin, un animal dont on a récemment parlé à cause du braconnage intensif dont il fait l'objet (certains observateurs les qualifiant même d'animaux "les plus braconnés au monde") puis plus récemment pour avoir - selon certaines théories épidémiologiques - été à l'origine de la pandémie de coronavirus COVID-19.

Aujourd'hui le braconnage a conduit toutes les espèces de pangolins à être considérées comme menacées.

De plus l'élevage en captivité était jusqu'à une époque très récente supposé impossible, ce qui rendait virtuellement irréalisables tous projets d'élevage conservatoire ou même de réhabilitation des animaux confisqués à des trafiquants.

Aujourd'hui pourtant l'espoir renaît, au moins en Afrique du Sud, où des Pangolins de Temminck (une espèce répandue à travers la partie Est et Sud de l'Afrique mais en déclin et qualifiée de "vulnérable" depuis 2014) sont réintroduits dans la région du KwaZulu Natal, d'où ils avaient pratiquement disparu depuis 30 ou 40 ans.

En 2019, sept Pangolins rescapés du trafic animal ont été relâchés dans la vaste réserve privée de Phinda. Le projet a pu connaître un début d'accomplissement après une dizaine d'années de préparatifs.

Une des difficultés majeures a été de rétablir l'état de santé des animaux, souvent très dégradé lorsqu'ils sont saisis par les autorités. Ensuite, si leur condition physique le permet, ils peuvent être relâchés selon des procédés dits "de réintroduction douce" incluant une phase d'adaptation aux conditions environnementales de leur futur lieu de vie : pour des Pangolins, il s'agissait de faire connaissance avec leur future réserve et ses ressources alimentaires (fourmis, termites) au cours de promenades quotidiennes de 4 à 7 heures aux côtés de leurs soigneurs qui jouaient un véritable rôle d'anges gardiens !!!

Les animaux continuent à être suivis par GPS et radio-émetteur après leur réintroduction, afin de connaître leur état mais aussi de développer les connaissances sur l'éthologie de l'espèce, encore mal connue, et de préparer d'autres réintroductions si possible.

Si 2 sont décédés de causes naturelles (infestation de tiques et prédation par un crocodile) depuis, les autres demeurent en bonne santé depuis une année entière. La preuve ultime du succès de la réintroduction sera la reproduction d'un couple, fort attendue par l'équipe de la réserve.

La réintroduction de nouveaux animaux est attendue dans la réserve, je ne manquerai pas de vous en tenir informés, affaire à suivre...

Source : https://news.mongabay.com/2020/06/its-a-success-pangolins-return-to-a-region-where-they-were-once-extinct/

Illustration : Pangolin de Temminck ou du Cap (Smutsia temminckii) ; photo Wikimedia Commons.

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02 octobre 2020

CANADA - 10 naissances de Bisons prometteuses dans le Parc national de Banff

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Depuis février 2017 et à la faveur d'un programme de réintroduction, le Parc national de Banff (Canada) a vu revenir les Bisons des plaines Bison bison bison, localement disparus depuis 160 ans.

Les 16 premiers arrivants provenaient d'une autre aire protégée (le Parc national Elk Island) ; parmi eux, 10 femelles - arrivées gestantes - avaient eu des petits dès la première année.

Cette année, 10 petits Bisons sont aussi nés, portant la population totale à 45 têtes. Mieux encore, un des petits est né d'une femelle née sur place en 2017, ce qui en fait, au bout de 3 ans à peine, le premier-né de la troisième génération de Bisons !

La quasi-totalité des jeunes Bisons (sauf un) nés depuis 2017 a survécu, en dépit de la présence de nombreux prédateurs (Grizzlys, Loups) dans l'écosystème et des conditions météorologiques et environnementales rudes propres à la région (hivers enneigés, torrents, pentes glissantes...), ce qui témoigne d'une bonne (ré-)intégration des animaux.

Dans la région du Banff, et contrairement aux Grandes Prairies situées plus au Sud, les Bisons n'ont jamais été très abondants mais leur présence historique, en tant que "méga-herbivores", était bénéfique à l'équilibre écologique tout autant que dans d'autres régions. Le projet de réintroduction vise, aussi, à restaurer la fonctionnalité des milieux en agissant sur les communautés végétales (dont dépendent de nombreux oiseaux, insectes, rongeurs, cervidés...) et aussi en fournissant une source de nourriture supplémentaire pour les carnivores et charognards. (NDLR : plusieurs autres projets de restauration des populations "bisontines" ont cette vocation, surtout aux Etats-Unis mais aussi en Europe)

Source : https://www.stalberttoday.ca/beyond-local/ten-bison-babies-bring-banffs-population-to-45-2403044

Illustration : Bisonne d'Amérique et son veau. Photo Jesse Achtenberg / Wikimedia Commons.

01 octobre 2020

NEPAL et MAROC - Histoires d'oiseaux de bon augure

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Ce soir je vous propose non pas une mais DEUX belles histoires de refaunation, avec nos amis les oiseaux :

La première se passe au Népal. Ce pays, comme tout le sous-continent indien, a longtemps accueilli d'innombrables populations de Vautours chaugouns Gyps bengalensis et de Vautours à long bec Gyps tenuirostris qui régnaient sur les carcasses de gibiers sauvages et aussi celles des vaches sacrées omniprésentes dans les pays de culture hindouiste (l'équarrissage et la consommation des viandes par les humains étant largement tabouées). Un déclin extrêmement brutal (de l'ordre de 97 à 99% sur une période de 10 à 15 ans) eut néanmoins lieu à la toute fin du siècle dernier, le coupable étant une molécule médicamenteuse (Diclofénac) utilisée pour les soins vétérinaires mais mortelle pour les oiseaux rapaces. Cela a conduit les deux espèces à être classées "en danger critique d'extinction" depuis le début des années 2000, non sans causer par ailleurs des risques pour la santé publique (remplacement des vautours par des colonies de chiens parfois porteuses de la rage, dangereuses pour la vie sauvage, le bétail et la population humaine).

La réponse des autorités s'est toutefois faite à temps avec l'interdiction de cette molécule (et de quelques autres, également toxiques) pour les usages vétérinaires : la vente de Diclofénac vétérinaire a été interdite dès 2006 au Népal. Il n'en restait pas moins que les molécules toxiques continuaient à être administrées clandestinement, bien que de manière moins généralisée qu'auparavant. Une seconde approche a été tentée, en complément de la première, avec les Vulture Safe Zonesespaces proches des colonies nicheuses de rapaces mais dans lesquelles des actions de sensibilisation spécifiques sont menées avec le remplacement du Diclofénac (et autres molécules analogues) par du Méloxicam, une molécule sans danger pour la faune sauvage et notamment les rapaces ; de plus, des vaches en fin de vie sont rachetées aux villageois (qui ne sont plus contraints de les nourrir à leur charge ou de les abandonner), après leur mort naturelle les carcasses sont déposées en des lieux spéciaux qui permettent aux vautours de s'alimenter en toute quiétude.

Cette double approche a été un succès : les colonies de vautours des 2 espèces ont augmenté en nombre dès 2012-2013 dans le pays. Quant au Diclofénac, des enquêtes récemment menées dans les pharmacies ont confirmé que les ventes à usage vétérinaire avaient disparu.

La seconde de ces histoires se déroule aux portes de l'Europe, plus précisément au Maroc qui est à ce jour le dernier bastion des Ibis chauves Geronticus eremita à l'état purement sauvage [NDLR : une population semi-captive vit toujours en Turquie, et plusieurs projets de réintroduction sont en cours en Europe du Sud]. Son histoire a été bien différente de celle des Vautours du sous-continent indien, puisque son déclin était séculaire, avec des extinctions locales dans plusieurs pays européens (Moyen Age) puis dans la plupart des pays nord-africains et proche-orientaux (entre le 19ème et les toutes premières années du 21ème siècle).

Il restait le Maroc comme ultime bastion, avec 59 couples en 1998. Des actions de protection fortes dans le parc national de Souss-Massa et le site proche de Tamri ont conduit à une augmentation progressive, avec une population nationale s'élevant à 116 couples nicheurs (et une population totale d'environ 600 oiseaux) en 2015. Plus encore, deux nouveaux sites de nidification étaient (re?)colonisés dès 2017.

Ces évolutions positives ont conduit à reclasser l'espèce de "en danger critique" à "en danger" en 2018.

Des études récentes réalisées à partir des caractéristiques écologiques des colonies historiquement occupées par les Ibis chauves au Maroc ont aussi permis de mieux connaître les préférences de l'espèce, en vue de réintroductions ou de translocations futures au Maroc (et ailleurs ?).

Bien que les espèces concernées restent encore rares de nos jours, ces deux récits sont de bon augure (au sens premier du terme = préfiguration de l'avenir par le vol des oiseaux, d'après la langue latine) pour leur avenir, et porteurs d'espoir pour la vie sauvage du monde entier, même dans les situations les plus critiques.

Source : https://www.birdlife.org/worldwide/news/latest-research-vulture-and-ibis-recoveries-amazon-hotspot-peril

Illustration : Vautour chaugoun en vol au-dessus d'un plan d'eau. Photo Deepak Sankat / Wikimedia Commons.