Fischotter,_Lutra_Lutra

Les 50 derniers kilomètres de la Meuse juste avant son embouchure font l'objet d'un programme de restauration ambitieux de la part des autorités des Pays-Bas, une nation, si on peut le dire, pionnière en matière de cohabitation entre l'Homme et l'Eau.

Cette fois, il ne s'agit plus de gagner des territoires sur la mer (conformément à la logique des polders) mais de rendre la plaine alluviale à son évolution naturelle, comme cela était le cas il y a plusieurs siècles. Les Pays-Bas font ici figure de précurseurs en Europe, adoptant une politique de renaturation à grande échelle plusieurs décennies avant d'autres Etats industrialisés (même si certaines rivières d'Europe de l'Ouest n'ont jamais été réellement aménagées et ont conservé un aspect "naturel" jusqu'à nos jours, tel l'Allier dans le Centre de la France, cocorico).

La vallée nouvellement renaturée est aussi (re-)devenue riche en faune, depuis des passereaux communs comme l'Hirondelle de rivage, la Fauvette à tête noire ou le Tarier pâtre (toutes plus ou moins abondantes dans les milieux ripuaires en bon état en Europe de l'Ouest) jusqu'à des grands mammifères comme la Loutre d'Europe, le Castor d'Eurasie et peut-être même le Loup, nouvellement revenu - de manière naturelle - sur le territoire néerlandais. Les prairies sont pâturées par du bétail rustique (Vaches écossaises Galloway, Chevaux konik de Pologne) vivant à l'état semi-sauvage.

Il s'agit aussi de rendre le territoire plus résilient face aux risques d'inondations qui surviennent périodiquement et qui se sont accrus avec le changement climatique. Pour la réalisation de cette "infrastructure verte" il a pu être nécessaire d'exproprier des exploitants agricoles et d'autres propriétaires. Mais les conditions de financement du projet (assuré par les exploitants de carrières) ont permis sa poursuite même dans les conditions de la crise financière de 2008, qui avait contraint à annuler ou reporter d'autres projets de restauration écologique.

Un des premiers résultats les plus notables du programme (outre les gains en termes de faune et de flore) est qu'il a permis d'éviter les lourds dégâts matériels et humains qui ont accablé les pays voisins durant les inondations de juillet 2021.

Le projet de restauration de la Meuse n'est pourtant pas un cas isolé aux Pays-Bas, puisqu'il a eu un précédent : le site de Gelderse Poort, plaine alluviale de 5.000 ha restaurée depuis 1989. Si quelques exploitations agricoles ont dû être expropriées (avec la perte de 30 emplois), la perte d'emplois a été compensée par la création de 200 emplois nouveaux dans les activités éco-touristiques ; les résidents locaux - comme ceux de la ville de Nimègue, élue "capitale verte de l'Europe" en 2018 - profitent aussi du cadre naturel retrouvé. Sans parler des autres gains en termes de sécurité civile ou de biodiversité (voir ci-dessus).

De telles initiatives pourraient être reproduites ailleurs en Europe, en tenant compte du contexte social et juridique local : par exemple le recours à l'expropriation est plus ou moins pratiqué et admis selon les pays.

Une dernière observation est que cette restauration écologique ou écosystémique est tout à fait complémentaire des politiques de protection en faveur de la faune, qui ont récemment conduit à des résultats très encourageants pour les grands mammifères, oiseaux et reptiles sur tout le continent européen. Quelques-unes de ces espèces sont d'ailleurs des hôtes plus ou moins réguliers et nombreux de la Basse Meuse...

Illustration : Loutre d'Europe Lutra lutra. Photo Bernard LANDGRAF / Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0.