Nipponia_nippon

Emblème ornithologique du Japon, l'Ibis nippon (portant comme nom scientifique Nipponia nippon, et dont la coloration reproduit même le drapeau du pays !) avait pourtant disparu de l'archipel qui lui avait donné son nom, victime de la chasse "sportive" ou pour plumes ornementales, des pesticides et de la destruction accélérée de son habitat au 19ème et au début du 20ème siècle.

Les mesures de protection tardives qui avaient été prises avaient échoué à y sauver l'espèce dont le dernier représentant sauvage mourut en 2003 [cependant une petite population composée de 7 individus a pu être sauvée in extremis en Chine, et a pu croître jusqu'à atteindre le demi-millier d'oiseaux].

Aujourd'hui l'Ibis revient pourtant sur ses terres d'origine, avec un programme de réintroduction sur l'île de Sado (dernier refuge historique de l'espèce) à partir d'oiseaux d'origine chinoise.

Les réintroductions d'oiseaux provenant de Chine, réalisées dans les années 2000-2010, ont réussi à faire croître la population jusqu'à 480 oiseaux (un niveau quasiment équivalent à celui de la population chinoise, dont le sauvetage passait aussi pour une réussite exceptionnelle!), les oiseaux se reproduisant désormais à l'état libre.

Mieux : le programme de conservation de l'Ibis va de pair avec le développement d'une agriculture respectueuse de l'environnement, au point que l'on peut désormais parler d'un "modèle de Sado" pour parler de ce type de relation symbiotique entre agriculture et biodiversité.

Le "tournant" dans la conception de l'agriculture a été provoqué par le projet de réintroduction des Ibis, mais aussi, paradoxalement, par le passage d'un typhon en 2004 qui obligea les autorités locales à repenser le système de rizières qui avait alors été détruit.

Le programme agro-écologique repose sur la réduction de l'usage des pesticides et herbicides, la construction de canaux d'irrigation et des suivis de biodiversité. Il conduit aussi les agriculteurs à consommer moins d'énergie et à produire moins de gaz à effet de serre pour leur activité. Le riz vendu sur les marchés (et jusque dans la capitale, Tokyo, et les cantines scolaires...) est distribué sous le nom de riz "ami des Ibis" ("crested ibis friendly") [Note : les principes de ce programme ont été repris ailleurs en Asie comme au Cambodge pour sauver d'autres espèces en danger]

C'est aussi un moyen de préserver l'activité agricole dans une région subissant une crise démographique par manque d'autres activités économiques attractives (la population humaine de Sado diminue d'un millier d'habitants par an, et l'âge moyen des agriculteurs augmente... comme un peu partout dans les pays industrialisés).

Le système de production agro-écologique de l'île de Sado a fait l'objet d'une reconnaissance officielle de la part de la FAO, ce qui est peu commun dans un pays industrialisé.

Les Ibis font l'objet d'une attention particulière de la part de la population locale, un sanctuaire shintō (une des religions traditionnelles japonaises) leur est même dédié.

Le programme a été réalisé avec l'appui des ministères de l'environnement et de l'agriculture japonais, de la préfecture de Niigata, de la municipalité de Sado, de centres d'élevage spécialisés et des zoos de Tokyo-Tama et de Niigata, et même des écoles élémentaires (pour l'éducation à l'environnement et à la biodiversité).

La réussite observée sur Sado pourrait faire des émules jusque sur les "grandes" îles du Japon, où des réintroductions pourraient être réalisées dans un futur très proche. Des aires dédiées pourraient être désignées par l'Etat japonais dès cet été, en fonction de critères écologiques (présence d'au moins 15.000 ha d'habitat favorable pour supporter une population d'Ibis autonome) et sociaux (soutien de la population au retour des Ibis).

C'est aussi un exemple remarquable de coopération internationale (le Japon n'aurait pas pu accomplir cette réintroduction tout seul, sans aide chinoise) dans une région du monde connue pour ses tensions politiques, qui peut nous amener à la question ultime : la protection de la nature est-elle la clé pour sauver le monde ?

Source : https://www.nippon.com/en/japan-topics/g02153/

Illustration : Ibis nippon au Zoo de Xi'An (Chine). Photo Danielinblue / Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0.