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Nichée au coeur de l'Océan Austral, au Sud de la Nouvelle-Zélande, l'île Macquarie était naguère envahie par plusieurs espèces de mammifères introduites volontairement ou non : les Chats, les Rats, les Souris et surtout les Lapins, dont la population a compté jusqu'à 300.000 animaux à son pic. Evidemment ces espèces ont assidûment rasé la végétation (l'île ne comptait quasiment pas d'animaux terrestres mis à part quelques insectes et arachnides à l'origine), elles sont entrées en compétition avec la faune locale et/ou la mangeaient, dégradant de manière générale l'environnement fragile de l'île.

Par exemple, en dévorant les "Choux de Macquarie" (un végétal endémique de l'île), les Lapins avaient contribué à déstabiliser les sols et à empêcher la réussite des couvées d'Albatros et autres oiseaux de mer.

Certaines espèces végétales ne devaient leur survie qu'à la mise en défens de petites zones clôturées, comme l'herbe Huperzia australiana ainsi que deux orchidées endémiques.

Un programme d'éradication des espèces invasives a récemment été mené et l'île Macquarie a été déclarée délivrée de toutes ces espèces en 2014. Les Chats ont été les premiers à disparaître (dernier animal abattu en 2000), suivis des Rats et Souris (vers 2010 suite à une campagne d'empoisonnement) et enfin des Lapins dont les derniers ont été éliminés quelques années plus tard.

L'élimination des Chats a été suivie d'un retour rapide d'oiseaux marins localement disparus comme le Prion bleu Halobaena caerulea et le Puffin gris Procellaria cinerea (ce dernier quasi-menacé à l'échelle mondiale, malgré une population encore assez abondante de 150.000 oiseaux matures), à nouveau nicheurs dès 2011.

Une fois l'éradication des Lapins réalisée, les sols ont à nouveau pu se stabiliser avec la repousse de la végétation, conduisant à un accroissement des populations d'oiseaux de mer comme le Prion de la Désolation Pachyptila desolata (NDLR : nommé d'après l'ancien nom des îles Kerguelen "îles de la Désolation") et le Pétrel de Lesson Pterodroma lessonii.

Mieux encore, le retour des oiseaux a contribué à l'enrichissement des sols avec les dépôts de guano, eux-mêmes favorables aux plantes.

La disparition de mammifères plus ou moins insectivores et la restauration du couvert végétal a aussi profité aux populations d'insectes et d'araignées présentes sur l'île.

La restauration de l'île Macquarie n'a donc pas bénéficié qu'à un petit nombre d'espèces charismatiques et populaires (comme le Manchot royal ou l'Eléphant de mer) mais à l'écosystème tout entier.

Elle est à ce jour la plus grande île sur laquelle un programme de ce type a pu être réalisé (sa surface est de 128 km²) et un exemple mondial pour la restauration écologique insulaire, puisque l'île est inscrite au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

Elle inspire déjà d'autres projets de restauration écologique autour de l'Océan austral, par exemple sur les îles Antipodes et Rakiura (Nouvelle-Zélande) ainsi qu'en Géorgie du Sud.

Source : https://www.theguardian.com/environment/2022/aug/10/rats-and-rabbits-invasive-species-macquarie-island-southern-ocean-aoe

Illustration : Puffin gris Procellaria cinerea, une des espèces bénéficiaires de la restauration écologique de l'île Macquarie. Photo J.J. HARRISON / Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0.